Le secteur officinal est à la croisée des chemins. Entre baisse des marges, nouveaux rôles de santé publique et montée de l’intelligence artificielle, les pharmaciens indépendants doivent repenser leur positionnement. Didier Le Bail, fondateur des Officinales, partage son diagnostic et ses convictions.
Un constat sans détour
Les missions classiques de l’officine (dispensation, conseil produit) sont structurellement moins rémunératrices qu’avant. Parallèlement, les nouvelles missions confiées aux pharmaciens (vaccinations, entretiens pharmaceutiques, bilans de médication) peinent à trouver une traduction économique à la hauteur de l’engagement qu’elles requièrent. Un entretien femme enceinte facturé 5 euros pour 15 minutes de travail : le décalage est là, visible, difficile à ignorer.
L’éthique avant l’économique
C’est dans ce contexte que Les Officinales ont été fondées, à l’origine comme un réseau d’amis pharmaciens, devenu groupement au fil des années. Le postulat de départ reste le même : distinguer la pharmacie de proximité ancrée dans une logique de santé de la pharmacie d’opportunité, pilotée par une logique commerciale.
Concrètement, cela se traduit par un refus d’imposer un business model unique, par l’absence d’investisseurs purs au capital du groupement, et par une volonté de rester à taille humaine autour d’une centaine d’adhérents.
Un accompagnement stratégique et opérationnel
Les Officinales proposent bien plus qu’un groupement d’achats. L’accompagnement inclut une analyse géomarketing, une montée en compétences des équipes et du titulaire, ainsi qu’une refonte du merchandising orientée parcours patient par pathologie. L’objectif : que chaque officine puisse s’approprier les nouvelles missions à son rythme et selon ses possibilités.
Sur le plan commercial, l’appartenance au collectif APSAGIR, qui négocie pour plus de 1 000 pharmacies en France, permet d’accéder à d’excellentes conditions d’achat, sans que cela ne devienne une contrainte imposée.
Demain : IA, regroupements, nouvelle valeur ajoutée
Pour Didier Le Bail, les transformations à venir sont inévitables. Les petites officines devront se regrouper pour atteindre la dimension critique nécessaire au déploiement des nouvelles missions. Et l’intelligence artificielle, loin d’être une menace, pourrait devenir un levier à condition que les instances professionnelles accompagnent sa diffusion avec des outils dédiés aux pharmaciens.
Dans ce futur en construction, une certitude demeure : la valeur du pharmacien ne réside pas dans la boîte vendue, mais dans le conseil dispensé, la relation de confiance construite, et son rôle irremplaçable de référent santé de proximité.
Retrouvez l’interview complète ici : https://www.lefigaro.fr/lifestyle/les-officinales-redefinir-le-modele-economique-de-l-officine-par-la-valorisation-des-missions-de-sante-20260605

